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Xavier MOREL, CEO de DIX, école supérieure du numérique : « En 3 ans maximum, nous savons former des jeunes à des métiers opérationnels, aptes pour l'emploi »

Article du 07/01/2016 par Eduniversal - Nathalia Kapferer

Xavier MOREL, CEO de DIX, école supérieure du numérique : « En 3 ans maximum, nous savons former des jeunes à des métiers opérationnels, aptes pour l'emploi » Xavier MOREL, CEO de DIX, école supérieure du numérique : « En 3 ans maximum, nous savons former des jeunes à des métiers opérationnels, aptes pour l'emploi »

Nouvel établissement dont les enseignements sont concentrés sur les nouveaux métiers de l’Internet, Dix, école supérieure du numérique, recevra ses premières promotions en 2016.

Titré par un Prix de l’Innovation Eduniversal, le Bachelor Manager de projets numériques et UX designer se déroulera en 3 ans après le Bac et s’adressera aux jeunes étudiants désireux de faire l’acquisition de compétences multiples liées à l’univers du digital.

Entretien avec le directeur de l’établissement, Xavier Morel, sur les débouchés professionnels du numérique et ses évolutions.

 

Eduniversal : Quels sont les profils qui réussissent le mieux dans le numérique ?

Xavier Morel : Les profils qui tirent leur épingle du jeu sont avant tout des personnalités ultra-motivées ET opérationnelles. Dans le Web, on a besoin de "belles plumes" pour défendre les prises de paroles des entreprises, de Geeks qui savent collaborer efficacement avec d'autres profils géographiquement dispersés, d'animateurs opérationnels qui vont savoir manager l'intelligence collective autour des projets numériques, de matheux-statisticiens pour l'analyse des données, et aussi et toujours de créatifs et des développeurs dont le recrutement en nombre est toujours problématique pour bon nombre d’entreprises.

 

Eduniversal : Que conseillez-vous à ceux qui cherchent un poste dans le marketing digital ?

X. M. : Si l’on est en situation de recherche d’emploi dans le marketing digital, il est indispensable de rester en veille et de se former encore et toujours dans ce domaine qui ne cesse d’évoluer. Il faut acquérir des compétences, soit dans la veille et la curation, soit dans la programmatique pour connaître ce que sont les ADexchanges, le RTB (Real Time Bidding), soit dans tout ce qui a trait à l’analyse des données.

 

Eduniversal : Quels sont les métiers les plus recherchés aujourd’hui ?

X. M. : Le Community Manager est toujours en vogue, quelque que soit l’entreprise et le secteur.

Les métiers de Consultant ou de Manager de projets numériques dans une unité opérationnelle en marketing digital et dans le secteur du e-commerce sont toujours prisés chez les annonceurs aguerris.

Tous les métiers du digital demandent de plus en plus de compétences en UX design. Il s’agit d’une compétence indispensable à acquérir, que l’on soit Webdesigner, Développeur ou Manager.

Par ailleurs, on parle beaucoup de Big Data avec des métiers comme le Chief Data Officer ou le Data Scientist. Ces métiers se formalisent progressivement avec le temps. Les nouveaux métiers engendrent des opportunités de carrières et il est courant de trouver des profils très différents sur des intitulés de postes pourtant similaires.

 

Eduniversal : Pourriez-vous donner des exemples de ces profils ?

X. M. : Lorsqu'un nouveau métier s'impose dans les organigrammes des entreprises, cela signifie qu'il correspond à de vrais besoins organisationnelles et/ou stratégiques. Souvent le poste existait déjà sans qu'on arrive à l'identifier comme une fonction à part entière, parfois à cheval sur plusieurs fonctions de l'entreprise, ou sur plusieurs postes de collaborateurs de l'entreprise.

Le Data Scientist, par exemple, qui correspond au management et à l'analyse des données en masse (visualisation, automation, statistiques, stratégie, marketing) n'existait pas il y a 10 ans. Et pourtant, il y a 10 ans, nous traitions déjà de données en grande quantité dans les services marketing. Nous travaillions déjà avec des profils appelés à l'époque "DataBase Administrator", et nous nous organisions déjà en interne autour de cette notion marketing, très stratégique, du "web analytique".

 Le métier est jeune et va inéluctablement se structurer avec le temps. Dans mon réseau professionnel, j'ai d'un côté un Data Scientist, passé par une école de commerce. Il a fait ses armes dans le e-commerce, là où la "data" est le carburant de toutes démarches marketing.  Et de l'autre, je connais une statisticienne qui a eu un parcours au sein d'un cabinet d'analyses et de statistiques sur des secteurs très divers (pas uniquement liés au marketing à l'Internet). Je suis aussi en contact avec un ancien directeur technique, qui a la responsabilité de l'activité Big Data de son entreprise. Tous les trois sont Data Scientist, mais avec des parcours et des niveaux de responsabilité différents.

 

Eduniversal : Quelles sont les mutations en cours pour les Responsables de Référencement et les Community Managers ?

X. M. : Le Responsable SEO (référencement naturel) est à l'image du Webmaster des années 2000. Il était indispensable mais son métier s'est retrouvé intégré dans d'autres fonctions. Pour une entreprise, il est toujours indispensable de manager son référencement naturel de manière optimale et continue. Mais les techniques sont maintenant connues et de plus en plus intégrées à des outils applicatifs. Le métier de Responsable SEO, Manager SEO ou encore appelé Chargé(e) de référencement évolue vers une montée en compétence sur plusieurs problématiques : qualité des contenus, distribution virale, meilleure intégration de l'expérience utilisateur, réputation de l'entreprise, veille conversationnelle autour de la marque entreprise. Il doit donc maîtriser les outils qui évoluent sans cesse, avoir un rôle de conseil voire de formateur auprès des équipes internes pour "éduquer" les producteurs de contenus afin d'optimiser sans cesse le référencement naturel d'une part et l'ensemble des techniques marketing d'autre part. Pour aller plus loin, je dirais que des compétences en SEO sont indispensables et que tout un chacun se doit de maîtriser, que l'on soit acteur de projets numériques, Chargé(e) de Communication, acteur dans un service marketing ou producteur de contenus.

Le métier de Community Manager s'est fortement professionnalisé ces dernières années. Ses techniques s'appuient classiquement sur les techniques de communication traditionnelle, autour des techniques de marketing digital et sur une très bonne connaissance de l'écosystème Internet. Ne pas avoir de bagage solide sur l'ensemble de ces techniques ne permet pas d'aller bien loin dans ce métier. La valeur ajoutée d'un C.M. portera sur sa capacité à fédérer un réseau dynamique et à propager les prises de paroles et les contenus de la marque de façon incarnée ou pas. Pour aller plus loin, je considère que l'UX (User eXperience), la créativité (storytelling et rebond sur l'actualité)  et l'agilité permettent à un Community Manager de définir "LE" cadre de référence pour coller aux évolutions positives de son métier. Il va également suivre les outils de facilitation pour manager les réseaux sociaux.

 

Eduniversal : Y a-t-il des métiers plus associés à des bachelors ou des Masters du numérique ?

X. M. : Oui, selon moi, on devrait apprendre des métiers opérationnels jusqu'au Bachelor puis se spécialiser jusqu'en Master pour ceux qui le veulent. Apprendre pendant 5 ans le même métier ne sert à rien. En 3 ans maximum, je sais former des jeunes à des métiers opérationnels, aptes pour l'emploi, prêts à voler de leurs propres ailes ou bien armés pour poursuivre leurs études.

A mon sens, il faut stopper les discours euphorisants des grandes écoles qui font croire que le diplôme est forcément un ticket pour l'emploi. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Le marché du travail est difficile, certes, et le meilleur passeport reste la formation tout au long de sa vie. Nous savons que les écoles sont incapables de fournir un bagage universel vers l'emploi et les clés de la réussite. La plupart apprennent encore aujourd'hui aux jeunes la « stratégie » à travers « des cours académiques ». C'est aberrant ! Elles fabriquent des "stratèges" en herbe qui ne connaissent rien aux métiers de base de leur secteur et ne comprennent pas pourquoi ils ne sont pas payés à prix d'or dans des ambiances de travail inadaptées.

Je fais souvent cette comparaison entre le digital et la cuisine : « trop d'écoles font croire que tout le monde peut devenir cuisinier. » C'est possible… mais tout le monde n'a pas cinq étoiles au guide Michelin. Un bon pâtissier met en moyenne 12 ans pour devenir expert. Dans les métiers du numérique, c'est la même chose et il ne faut pas le cacher aux étudiants. En sortant de l'école sans une formation opérationnelle, ce sera la « jungle ».


Aujourd'hui il faut surtout apprendre un métier avant de se croire le parfait petit stratège. Et il faut sensibiliser les étudiants à l'entrepreneuriat après le bac. Ensuite, une fois leur Bachelor en poche, les étudiants peuvent se spécialiser pour acquérir des compétences plus pointues sur des thématiques plus précises. Ils peuvent aussi porter un projet professionnel avec l'école comme incubateur.

Les métiers du digital, comme ceux des Développeurs, Webdesigners, Managers de projets numériques et UX Designer par exemple, sont accessibles après le Bachelor et sont opérationnels pour répondre concrètement aux besoins des entreprises. La France est en pénurie de Développeurs. Et derrière le métier de Manager de projets numériques, on trouve des compétences qui permettent de trouver un job comme Responsable SEO, Chef de produit marketing, Chef de produit e-commerce, Community Manager, Responsable Communication, etc.

Pour les métiers de niveau Master, on va retrouver des porteurs de projets souhaitant acquérir les compétences en entrepreneuriat & en intrapreneuriat du numérique. Ces derniers vont rechercher des spécialités qui apportent de la valeur ajoutée liée à  l'innovation ou à l'international.

 

Eduniversal : Quelles évolutions de la transition digitale observez-vous en entreprise ?

X. M. : L'évolution de ce qu'on appelle souvent la "digitalisation des entreprises" se situe à trois niveaux.

Premièrement, au niveau de l'entreprise : le digital est devenu un élément fondamental du management stratégique des entreprises. Ce n'est plus, et depuis longtemps, la cinquième roue du carrosse mais bel et bien l'élément central. Aujourd'hui, la communication est interactive. Il faut donc imaginer les meilleures manières d'interagir avec chacune des parties prenantes des organisations. L'entreprise moderne doit satisfaire à deux enjeux importants : former les collaborateurs en place d'un côté et embaucher de jeunes recrues avec des compétences opérationnelles de l'autre, pour accompagner cette digitalisation.

Deuxièmement, au niveau des rapports de force : une entreprise, aussi imposante soit-elle, n'est plus complètement à l'abri de se faire "bousculer" par des groupements d'intérêts qui se sont trouvés et fédérés via le réseau Internet. Ces groupements peuvent ensuite mener des actions concrètes et pénalisantes aussi bien sur la toile pour nuire à l'image et éveiller les consciences ; que devant le siège social de la firme incriminée. Cela change beaucoup de choses puisque les entreprises ont dû s'adapter avec plus de réactivité, plus de transparence  pour produire une meilleure expérience utilisateur. Le changement le plus important est toujours en cours : c'est le remaniement de l'organisation interne des entreprises. Elles ont besoin de revoir leur processus décisionnel pour pouvoir réagir sur la même temporalité que les internautes. Elles ont dû revoir leur façon de créer les contenus pour une plus forte réactivité, une diffusion plus tactique, et une meilleure désirabilité. Les entreprises font de la veille sur Internet pour déceler les débuts de crise, surveiller la réputation de leur marque et de leurs principaux dirigeants. Ce changement de rapport de force impacte donc tous les métiers de l'entreprise et plus stratégiquement tous les acteurs du numérique.

Troisièmement, au niveau des modèles économiques : le digital pousse les entreprises à repenser leur positionnement et remettre en cause leur modèle d'affaire.  Au-delà de ce qu'on appelle "l'uberisation",  il faut surtout pouvoir profiter de la dématérialisation rendue possible avec Internet. Dans certains cas, Internet permet de supprimer des intermédiaires, dans d'autres cas cela remet en cause certains "monopoles" d'exploitation. Et puis c'est plus globalement une remise en cause de tous les modèles économiques de la société… et même de la façon de se former aujourd'hui.

Plus globalement aussi, l'évolution de la société - par les nouveaux usages, les nouveaux besoins, les nouveaux métiers qu'elle engendre - devient plus digitale et plus connectée que jamais. Nous assistons à une remise en cause de la société avec un débat quasi permanent sur "la quête de sens" en réponse à l'actualité (attentats et guerres dans le monde, pollutions, catastrophes sanitaires et alimentaires, réchauffement climatique, relations humaines et rapport à l'autre, etc.) Le digital est omniprésent dans notre société et la meilleure chose à intégrer, c'est le changement permanent et la nécessité de s'adapter rapidement aux mutations. La formation est donc un pilier de nos sociétés pour apprendre un métier, évoluer, et s'adapter en permanence tout au long de sa vie. Le digital ne cesse de s'immiscer dans toutes les strates de notre environnement. Je pourrais conclure en disant que se former aux métiers du numérique est donc un bon point de départ et un très bon investissement !

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